-



Avec ce 7ème album aux multiples facettes, Claude MC Solaar prouve, une fois encore, que son art de la rime peut se frotter à tous les sujets. Les plus graves ("Clic Clic", sur la banalisation de la violence armée), comme les plus légers ("Sous les palmiers", un rayon de joie simple et ensoleillée). Loin des clichés d'un certain rap français, trop manichéen pour être honnête, Solaar dépeint un monde qui n'est pas que noirceur. Parce qu'il a voyagé, observé, parce qu'il est devenu père, et aussi parce que c'est sa nature profonde, depuis le départ, d'avoir une vision plus subtile. Solaar a toujours préféré le constat au jugement, et la poésie à la colère.

S'il s'exprime sans violence, son sens critique est néanmoins toujours bien présent. Dans "Ben Oui", il dresse le portrait d'une jeune "material girl" qui n'a pas honte de sa superficialité.
Symptôme d'une époque en toc, réduite à rêver d'héritières aussi vides que peroxydées (« Ben oui, j'aime la fausse fourrure, les 24 carats, les bijoux et l'or pur », dit la voix d'Issara). Dans "Da Vinci Claude", il s'attaque aux mythes urbains d'hier et d'aujourd'hui - rumeurs, théories du complot et autres délires à la peau dure. Dans "In Go We Trust", il s'interroge sur la chance et le destin, inspiré par la silhouette d'une jolie serveuse qui se rêvait mannequin… Pourquoi pas elle ? Dans "Impact avec le diable", il réfléchit sur la nature du Mal, qui n'appartient à personne et à tout le monde à la fois. Tout sauf anodin.

Quant au romantisme qui avait fait le succès de "Caroline", on le retrouve ici avec "Coup d'œil dans le métro", un vrai petit film, à la tendresse assumée. Solaar n'a jamais eu peur des sentiments, il les exprime avec naturel et sans pathos. C'est aussi le cas dans "Non, merci" - même si cette histoire d'amour là est plus triste, il évite de tomber dans le théâtral. C'est aussi en simple observateur, à peine un peu nostalgique, qu'il constate que le monde d'aujourd'hui n'est plus celui de sa jeunesse ("Carpe Diem"). Le temps passe, en effet - mais le talent reste.

Musicalement parlant, "Chapitre 7" est aussi varié que les sujets qu'il aborde. On y croise des guitares qui se la jouent un peu hard ("Avec les loups"), des arrangements de cuivres particulièrement émouvants ("In God We Trust"), des accents made in Brazil ("Paris- Samba"), et toute une panoplie de petits sons à découvrir au fil des écoutes. Solaar les a mûri dans un petit studio parisien, quelque part entre Barbès et la rue des Martyrs. « Le plus dur, c'est de commencer, de se remettre au boulot, avoue Solaar. Mon naturel, ce serait d'écrire des textes comme "Non merci" ou "Coup d'œil dans le métro". Des comme ça, je peux en écrire tous les samedis. Mais pour construire un album, il faut d'autres couleurs, d'autres thèmes. Et là, il faut que je me force un peu. » Il a raison de se forcer, Claude MC - le résultat en vaut la peine. On l'en remercie. Tout comme il dit "Merci" à son public, à tous ceux qui ont porté sa carrière depuis l'aube des années 90. « Je sais que plus tard, dans mes souvenirs / J'aurai autre chose que des grands soupirs / J'aurai de la joie et des couleurs vives… » Ce n'est qu'un petit bout de chanson, de 1 minute 59, mais il en dit long sur le Solaar de 2007.

Lien vers le site officiel de MC Solaar